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Dictionnaire insolite de la Turquie

Plus qu’un pays de contrastes, la Turquie est un pays de contradictions. Ceci dit, elle offre une telle diversité de paysages, de populations, de saveurs, de mélodies qu’il est impossible de la définir et la décrire de manière monolithique. Au détour de cérémonies, de projets fous et de savoureuses expressions, Samim Akgönül donne à découvrir des poètes et des musiciens, de fortes personnalités contemporaines, la figure du bakkal, Hodja, Sinan, Adıvar et Loti. Allons voir les mots tavla, arabesk, commérage, börek, çiğ köfte ou encore kolonya… et, comme on dit en turc, haydi bakalım !

Au-delà des guides touristiques, les dictionnaires insolites vous font voyager par les mots et aident à briser les idées reçues.


 

978-2-84630-171-8
12 x 17 cm160 pages
11 €

À props de l'auteur

editions-cosmopole-guide-dictionnaire-insolite-auteur-samim-akgonul-photo-okSamim Akgönül est historien et politologue. Il enseigne la langue et la civilisation turques et a publié plusieurs ouvrages en français, en turc et en anglais sur la Turquie contemporaine, les minorités qui y sont présentes et les minorités turques dans les Balkans ou en Europe occidentale. Il dirige actuellement le Département d’Études turques de l’Université de Strasbourg et partage sa vie entre Strasbourg, Bordeaux et Istanbul.

 

© Photos : DR

 


L’émission Accents d’Europe, de Radio France Internationale, y consacre deux sujets :

Anne Andler, correspondante à Istanbul pour RFI, nous fait découvrir ce dictionnaire insolite.

 

Qu’est-ce donc que la « kolonya» ? Samim Akgönül, au micro d’Anne Andler, revient sur cette entrée pour le moins surprenante.

 

Les épisodes sont à retrouver en intégralité ici, et ici.


 

L’auteur se prête au jeu des questions et dresse le portrait d’une Turquie tout en nuances, dans cette interview d’octobre 2021.

Quel est le premier mot que vous avez choisi de traiter ?
Lorsque j’ai commencé à rédiger le dictionnaire, la première chose à laquelle j’ai pensé était l’adjectif « insolite ». J’ai réfléchi à une traduction du concept en turc (et en d’autres langues) et à vrai dire je n’ai pas trouvé d’équivalence satisfaisante. Qu’est-ce qu’insolite ? Bizarre ? Inhabituel ? Drôle ? Parfois les concepts voyagent, là non. Ce flou sémantique m’a amené à traiter en premier la « langue d’oiseau » (kuş dili), suffisamment bizarre, inhabituelle et drôle. Je ne vous dis pas ce que c’est, pour garder le suspense, mais simplement : « pougour sagavoir, agachéguéteguez legeu liguivre »

Pourquoi avoir voulu rédiger un Dictionnaire insolite de la Turquie ?
Avant tout, j’adorais la collection. J’aimais la manière dont chacun de ces dictionnaires reflétait non seulement un pays, une ville ou une région mais aussi son auteur, son style, son vécu, sa lucarne d’entrée dans la culture concernée. J’ai voulu faire de même pour la Turquie qui, en soi, est assez insolite. Et puis, il faut le dire, en ce moment, le pays ne renvoie pas une image très positive. Les approches en France sont plutôt critiques, maussades. Et il y a de quoi. Mais à travers ce livre, j’ai voulu montrer que la Turquie ne se limitait pas à son Président !

Quelles sont à votre avis les idées reçues sur la Turquie ?
« Les préjugés sont la raison des sots » disait Voltaire, et il y en a un paquet sur la Turquie – les Turcs en ont à peu près autant à propos de la France… Le premier est certainement cette image faite d’un seul bloc. La société turque est traversée par des lignes de fracture parfois plus épaisses que celles qui la séparent d’une société occidentale. Une frange de la population vit et se comporte de façon plus occidentale qu’en Occident. Une autre idée reçue est peut-être liée à l’Histoire ou plutôt à son interprétation qui fabrique un « Turc », un « autre » par excellence, tant dans son islamité que dans son ottomanité. Ceux que l’on perçoit comme « Turcs » en Occident peuvent être aussi bien Turcs, Kurdes, Sunnites, Alevis, religieux ou séculiers, toutes ces catégories se détestant souvent entre elles. Le préjugé géographique doit aussi être mis en pièces : la Turquie est déjà européenne d’une manière institutionnelle (elle est membre de toutes les institutions européennes sauf de l’Union) et il ne faut pas oublier qu’une partie de son territoire est sur le continent européen.

Les Turcs sont-ils nostalgiques du temps de l’Empire ottoman ?
Oui, beaucoup, mais les conservateurs et les nationalistes regardent l’Histoire ottomane à travers les lunettes d’aujourd’hui! Alors que tout au long des premières décennies de la République, l’Histoire ottomane avait été présentée comme celle d’une décadence, depuis les années 1990,

les conservateurs islamisent et les nationalistes turquisent à outrance ce passé à multiples facettes. Les séries télévisées ont créé une société ottomane fictive où tout le monde est beau, riche, musulman et turc en enterrant la diversité ottomane tant sur le plan social que religieux et linguistique. Tous les Turcs pensent descendre de Soliman le Magnifique alors que très probablement leur ancêtre était un forçat anatolien, balkanique ou proche-oriental, misérable, qui le détestait.

 

Modernité/tradition, Islam/laïcité, Europe/Moyen-Orient, comment se positionne la Turquie ?
Ces dichotomies nous permettent de réfléchir, mais elles sont, pour utiliser le concept du sociologue Max Weber, des idéaltypes. Premièrement, la société turque est bien trop divisée pour entrer entièrement dans ces catégories. Ensuite, le sens que l’on donne aux termes comme « modernité » ou « laïcité » n’est pas identique selon que l’on soit en France ou en Turquie. Une personne perçue comme traditionaliste peut très bien se considérer à la pointe de la modernité. Enfin, ces catégories sont très dynamiques dans la société turque où la mutation est rapide et permanente. Bref, la Turquie est tout cela, en concomitance, de façon consécutive, en synonymie et en antonymie.

Comment être turc aujourd’hui en Turquie et en Europe ?
Le problème d’être Turc aujourd’hui est l’incapacité de ne pas en être. Je m’explique. En Turquie, il y a une telle propagande nationaliste et un tel discours anti-non-turc que le corridor qui mène vers un individu sans le poids de la « turcité » est très étroit. Tanpınar disait dans les années 1950 « ce pays n’autorise pas ses enfants à penser à autre chose qu’à lui-même ». C’est encore plus vrai aujourd’hui. À côté de cet embrigadement interne, en Europe, nous sommes face à un embrigadement externe dans la mesure où les sociétés majoritaires attribuent, sans complexes, au Turc (au singulier) un comportement forcément religieux, violemment nationaliste, « européicide » à souhait… C’est le fardeau habituel des minorités, où chacun est en lutte à la fois avec la majorité qui le repousse et la frange dominante de la minorité qui le retient

Informations complémentaires

Poids 0.160 kg
Dimensions 12 × 17 cm

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